Onze saisons, quatre titres mondiaux et une réputation de constructeur le plus titré du championnat électrique urbain : le bilan de DS Automobiles en Formule E force le respect. Pourtant, la marque française tourne la page. Elle troque les circuits en ville pour l’écume des vagues, avec un engagement inédit dans le SailGP, cette compétition de voile ultra-technologique surnommée la Formule 1 des mers.
Ce virage interroge forcément. Pourquoi abandonner un palmarès aussi solide juste avant l’arrivée de monoplaces encore plus puissantes ? La réponse tient autant à des questions de visibilité qu’à une nouvelle vision de l’innovation chez Stellantis. Entre stratégie de groupe, transfert technologique et pari sur l’avenir, ce dossier mérite d’être décortiqué point par point pour comprendre ce que cette transition sportive va réellement changer pour les futurs modèles de la marque.
DS Automobiles quitte la Formule E : le bilan d’une aventure électrique historique
Dès 2014, à l’aube du championnat, DS Automobiles a fait le pari de l’électrique en compétition alors que peu de constructeurs y croyaient vraiment. Onze ans plus tard, le constat est sans appel : la marque française referme ce chapitre avec le palmarès le plus prolifique de toute l’histoire de la discipline. Un choix assumé, mais qui laisse forcément un goût particulier chez les fans de la première heure.
Le retrait a été officialisé lors d’une ultime course à Londres, marquant la fin effective de l’engagement après la saison 12. Ce n’est pas un abandon précipité, mais bien la conclusion logique d’un cycle technologique complet, entamé il y a plus d’une décennie.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Sur 152 courses disputées, DS Automobiles a décroché 26 pole positions et engrangé des résultats qui placent la marque tout en haut du classement historique. Le tableau ci-dessous résume l’essentiel de ce parcours exceptionnel.
| Indicateur | Résultat DS Automobiles |
|---|---|
| Titres mondiaux | 4 |
| Victoires en course | 18 |
| Podiums cumulés | 55 |
| Pole positions | 26 |
Un tel bilan aurait pu justifier une prolongation naturelle de l’aventure. Mais la réalité économique et médiatique a fini par peser plus lourd que les trophées accumulés dans les vitrines.

Un déficit d’audience malgré les succès sportifs
Voilà le paradoxe : sur la piste, DS Automobiles a tout gagné ou presque. Dans les tribunes et devant les écrans, l’engouement n’a jamais suivi la même courbe. Le format urbain, silencieux, séduit un public de niche mais peine à convaincre massivement, notamment en France.
D’autres constructeurs ont fait le même constat avant DS. Audi, BMW et Mercedes ont quitté la discipline après la crise sanitaire, jugeant la rentabilité médiatique insuffisante face aux budgets engagés. Un signal fort qui a probablement pesé dans la décision finale de Stellantis.
La marque avait besoin de mesurer précisément le rapport entre investissement sportif et retombées concrètes. Ce calcul, souvent invisible pour le grand public, explique en grande partie ce virage stratégique inattendu.
Le SailGP, nouveau terrain de jeu technologique pour DS Performance
Changer d’élément pour continuer à innover, voilà résumée la philosophie du passage vers la course nautique. Le SailGP met en scène des catamarans à foils F50, capables de littéralement voler au-dessus de l’eau à des vitesses impressionnantes. Un défi radicalement différent de la piste, mais tout aussi exigeant sur le plan technique.
Les ingénieurs de DS Performance y trouvent un laboratoire grandeur nature pour explorer des problématiques encore inédites pour eux : gestion des fluides à haute vitesse, allègement extrême grâce aux matériaux composites, et surtout traitement des données en temps réel pour ajuster chaque manœuvre à la seconde près.
Des synergies concrètes entre voile et automobile
Sur l’eau comme sur route, la donnée fait la différence. Le contrôle électronique des foils, ces ailerons qui soulèvent le bateau hors de l’eau, repose sur des logiciels comparables à ceux qui gèrent aujourd’hui le freinage régénératif d’un véhicule électrique. Ce n’est donc pas un hasard si DS Automobiles y voit un prolongement naturel de son savoir-faire.
Voici les principaux domaines d’expertise qui vont s’enrichir mutuellement grâce à ce nouveau défi :
- Gestion électronique de l’énergie et optimisation du freinage régénératif
- Aérodynamique avancée et réduction de la traînée à haute vitesse
- Utilisation de matériaux composites ultra-légers
- Analyse de données en temps réel pour ajuster les performances
- Software embarqué haute performance, commun aux deux univers
Cette alliance entre ingénierie navale et automobile n’est pas qu’un symbole marketing. Elle traduit une volonté claire : faire de chaque défi sportif un accélérateur d’innovation pour les modèles de série. La marque française mise sur cette image d’excellence pour séduire une clientèle premium en quête de technologies concrètes, pas seulement de discours.
Une équipe qui change de terrain, pas d’ambition
Le passage au SailGP ne signifie pas un désengagement de l’équipe DS vis-à-vis de la compétition. Bien au contraire, il s’agit d’un repositionnement stratégique vers une discipline qui offre une visibilité internationale différente, souvent diffusée dans des lieux emblématiques et suivie par un public mondial plus large que celui des circuits urbains électriques.
Ce défi excitant permet aussi de tester des solutions techniques dans des conditions extrêmes, loin des contraintes réglementaires très strictes de la Formule E. Une liberté d’ingénierie qui pourrait accélérer certains transferts technologiques vers la route.
Quel avenir pour DS après ce virage stratégique majeur ?
Le retrait de la Formule E intervient à un moment charnière pour la discipline elle-même. La future génération de monoplaces, baptisée Gen4, promet une puissance de 600 kW en qualifications ainsi qu’une transmission intégrale permanente inédite. Un bond technologique que DS ne connaîtra pas de l’intérieur, ce qui pourrait sembler être une occasion manquée pour certains observateurs du secteur.
Mais la marque semble avoir fait un choix assumé : plutôt que de courir après un cycle technique déjà bien avancé, elle préfère explorer un territoire totalement vierge pour elle. Une stratégie qui rappelle d’ailleurs celle de nombreux constructeurs premium, qui alternent régulièrement leurs terrains d’expression sportive selon les cycles d’innovation.
Le SUV Numéro 7, vitrine directe de l’héritage sportif
Concrètement, où vont atterrir tous ces acquis technologiques accumulés sur onze ans de compétition ? Une bonne partie se retrouve déjà dans la gestion énergétique du SUV Numéro 7, modèle phare qui remplace l’ancien best-seller de la gamme. Les ingénieurs y ont transféré une partie du savoir-faire développé en Formule E, notamment sur l’optimisation de l’autonomie et la gestion fine de la récupération d’énergie au freinage.
Ce transfert n’est pas anecdotique. Il illustre parfaitement la logique qui a toujours guidé les investissements sportifs de la marque : la performance en compétition doit se traduire par des bénéfices tangibles sur les véhicules vendus au quotidien. Sans cela, même les plus beaux trophées perdent une partie de leur valeur commerciale.
La réorganisation interne de Stellantis joue également un rôle dans cette bascule. DS repasse sous le pilotage sportif de Citroën, qui prend le relais en Formule E dès 2025, avant l’arrivée programmée d’Opel un peu plus tard. Un jeu de chaises musicales qui permet au groupe de mutualiser ses budgets de recherche tout en laissant chaque marque explorer un territoire différent.
Reste maintenant à voir si cette prise de risque, aussi audacieuse soit-elle, saura convertir l’excellence technique du SailGP en argument de vente concret pour les futurs modèles électriques premium de la gamme. L’histoire retiendra peut-être ce pari comme un tournant aussi marquant que les débuts en Formule E il y a onze ans.
Pourquoi DS Automobiles quitte-t-elle la Formule E ?
La marque estime que le retour sur investissement médiatique n’est plus suffisant face aux budgets engagés, malgré un palmarès sportif exceptionnel de quatre titres mondiaux et 55 podiums en onze saisons.
Qu’est-ce que le SailGP exactement ?
Il s’agit d’une compétition internationale de voile utilisant des catamarans à foils F50, des embarcations ultra-rapides souvent comparées à la Formule 1 des mers grâce à leur technologie de pointe.
DS Automobiles arrête-t-elle toute compétition sportive ?
Non, la marque change simplement de terrain d’expression. Elle quitte la Formule E pour s’engager dans le SailGP, où elle continuera à développer des technologies transférables vers ses véhicules de série.
Les technologies du SailGP profiteront-elles aux voitures DS ?
Oui, la gestion de l’énergie, l’aérodynamique et les logiciels développés sur les catamarans F50 sont conçus pour nourrir directement les futures motorisations électriques de la marque, à l’image du SUV Numéro 7.
Qui remplace DS Automobiles en Formule E ?
Citroën reprend le flambeau sportif du groupe Stellantis dès 2025, avec une arrivée prévue d’Opel dans les saisons suivantes pour poursuivre l’aventure électrique en compétition.



